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SÉVILLE 82. Le match du siècle

4 mai 2018 par Jacques Deruelle

 

Le 8 Juillet 1982 à Séville, la  demi-finale de la coupe du monde de football opposait la France à l’Allemagne de l’Ouest. Sans doute aucune soirée sportive n’a laissé autant de traces dans le souvenir de toute  une génération  de téléspectateurs aujourd’hui sexagénaires. Pas même la prestigieuse victoire de l’équipe de Zidane au stade de France en 1998. Le succès réjouit, mais la défaite ronge quant elle ne découle pas de la supériorité de l’adversaire mais d’un arbitrage déficient allié à la malchance. La France de Mitterrand rêvait d’une première finale après l’échec lointain des français face au Brésil en 1958. Depuis lors, le football hexagonal et ses étoiles, Combin, Herbin ou Budzynski ne brillait guère au plan international, surclassé même par la voisine Belgique.  L’épopée des verts de Saint-Étienne en coupe d’Europe durant la septième décennie orchestrée par un jeune prodige aux coups francs magiques, Michel Platini faisait naître l’espérance d’un football à la hauteur des rivaux européens, néerlandais,  italien, espagnol ou allemand. Entrainée par  Michel Hidalgo, l’équipe affichait  alors un jeu séduisant et offensif associant les lignes arrières. Elle possédait plusieurs joueurs d’exception  dont Tigana, Giresse et Genghini formant avec Platini le « carré magique », un quatuor remarquable de relayeurs, de passeurs et de tireurs de précision à longue portée.

A l’entame, les allemands déroulent leur rouleau compresseur,  étalage de puissance physique et de qualités techniques, et prennent l’avantage.  Aux français alors de réciter leurs gammes  faites de passes aériennes, précises, de redoublement, de percées audacieuses. En attaque Six et Rocheteau manquent de tranchant mais défendent courageusement.  Les bleus maitrisent le terrain et égalisent sur un penalty indiscutable avant la mi-temps. En deuxième période, la bataille reprend âprement entre  deux footballs, l’un de force et l’autre de beauté. Les français dominent et l’exploit parait à leur portée mais à la soixantième minute  Batiston qui file seul au but est percuté en pleine course d’un violent coup d’épaule à la face par le portier Schumacher. Le milieu de terrain s’effondre KO. L’agression qui échappe aux trois arbitres n’est pas sanctionnée d’un carton rouge. Platini et les siens s’unissent alors en une éruptive rébellion et concrétisent leur domination de deux buts consécutifs au cours de la première prolongation. La France mène par 3 buts à 1 à dix huit minutes du coup de sifflet final. C’est un exploit en forme de chant du cygne car les tricolores sont à la peine à l’image de Janvion qui boitille. Experts en mobilisation des ressources physiques, les allemands égalisent et triomphent à la loterie des tirs au but. 

Que de rebondissements dans ce match hors normes, que de ferveur, d’espoir et de désillusion si proche du haut fait d’arme!.. Au déroulé de cet incroyable scénario, nous étions tous debout  devant le petit écran, tendus à l’extrême, otages désolés d’une dramaturgie inégalée depuis.

La défaite consommée, on proféra contre les vainqueurs quantité d’épithètes disqualifiant, bouchers, barbares, nazis. On incrimina l’arbitre néerlandais jugé coupable d’avoir favorisé les allemands au détriment des français tombeurs des Pays-Bas aux éliminatoires.  La compétition avait perdu son caractère purement sportif. Nos réactions furent outragées à la mesure des blessures de notre identité. L’exaltation alla crescendo sitôt apprise le lendemain du match, la gravité des blessures infligées à Patrick Batiston et ressurgit du passé le fantôme d’un puissant courant anti-allemand.

Aujourd’hui, personne n’est dupe des excès du sport business qu’illustre l’énorme cagnotte des droits télé, de la réalité du dopage, des matchs truqués, des pressions du marketing sur les « stars » actuelles du ballon rond glorifiées par la jeune génération. Le 14 Juin prochain débutera en Russie la prochaine coupe du monde. Elle offrira donc l’occasion d’éteindre en nous l’instinct belliqueux et la croyance aux surhommes pour apprécier le beau jeu collectif et le talent des sportifs, bleus rouges ou noirs. Nous féliciterons le vainqueur et encouragerons le vaincu en citoyens éveillés, qui se passionnent pour de nobles causes et qu’un rectangle de pelouse ne saurait instrumentaliser. 

 

 

 

 

 

 

 

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