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Regarde les lumières mon amour

31 mai 2014 par Jacques Deruelle

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A l’approche des réjouissances de fin d’année, le supermarché se pare d’une ambiance de fête sous une douce lumière, suscitant le bien être et les  achats parmi les rayons multicolores et débordants. La chaleur douillette qui domine l’espace abolit le temps. Regarde les lumières mon amour relate une année des observations d’Annie Ernaux faisant ses courses à l’hypermarché de Cergy.

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La méthode impressionniste, sorte d’éthologie humaine permet de faire entrer dans le champ littéraire un espace aussi familier qu’un centre commercial généralement cantonné aux seules recherches en sciences économiques ou en marketing. L’observation participante conduit l’auteure à noter les comportements des clients autant que ses propres affects qui ne différent d’ailleurs pas des motivations communes aux usagers de ce temple de la consommation. Même sensibilité à la force de vente du magasin accordée au calendrier, Noël, Pâques, fête des mères, même constat d’impuissance et de résignation au regard du tee shirt vendu dix euros, en provenance du Bangladesh dont les usines souvent vétustes ont fait des milliers de victimes, même fréquentation des lieux à des fins exclusivement fonctionnelles, liste de courses en main pour ne pas perdre de temps, ou au contraire, purement ludiques, la déambulation alors distrayant du travail d’écriture, même sentiment d’impatience à la queue, les achats terminés, un phénomène qui se modifie  avec le « self scanning ».

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Oui une page se tourne avec l’arrivée des nouvelles technologies, le développement du « drive »,  l’essor de l’achat sur Internet qui rendront caduque sans doute cette forme de shopping dans les prochaines années. « Alors les enfants devenus adultes se souviendront peut-être avec mélancolie des courses du samedi soir au super U ». Pour échapper à cette perspective du regret nostalgique qui porte en arrière, il convient de dynamiser le présent. Annie Ernaux consigne un semblant d’échange avec une cliente du magasin. « Une femme se tourne vers moi,… les sardines au piment, c’est pas mon truc;… prise à témoin de sa vie, je me dérobe. »…  « De quelle façon sommes nous présents les uns aux autres? » Cette question formulée une page plus tôt amène à s’interroger sur notre capacité à maintenir du lien social dans un espace dévolu entièrement à la consommation individualiste. Si nous sommes « une communauté de désirs non d’action », comment échanger avec le client inconnu, le responsable de rayon, ou la caissière une conversation banale et celle-ci a t-elle autant d’intérêt pour la reconnaissance de nos semblables qu’une conversation réputée « intelligente »?

Propos d’une maman  à son enfant assis dans le caddie, regarde les lumières mon amour participe de la démarche privilégiée d’Annie Ernaux, dépeindre la vie sociale qui l’entoure comme  une manière de renouveler l’inventaire des pratiques du milieu familial et des racines populaires.

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