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La vie rêvée d’Ernesto G.

13 septembre 2015 par Jacques Deruelle

La vie rêvée d’Ernesto G.
la vie rêvée couv

 

A l’image d’Achille ou d’ Hercule, les Héros mythiques  font la guerre non par plaisir belliciste mais par devoir et le constat d’une sombre injustice peut soulever leur divine colère et les porter au premier rang du combat. Ils sont le fer de lance de Rois despotiques tel Agamemnon  ou  couards tel Eurysthée et n’aiment pas en général ceux qu’ils servent pourtant.  Aussi la gloire récoltée dans le vivant prend une saveur amère dans l’au-delà, pour le Héros  mué en ombre éparse. « J’aimerai mieux cultiver la terre en humble paysan! »  Ulysse recueille aux enfers les sombres regrets  du héros Grec tombé à Troie. Parfaitement lié au déroulé historique du vingtième siècle, le roman fleuve de Jean Michel Guenassia « la vie rêvée d’Ernesto G » possède les même interrogations fondamentales sur le sens de nos engagements que la geste héroïque des récits mythologiques. Mais ici, la souffrance causée par la trahison des idéologies égalitaires, les désillusions amoureuses n’entameront jamais la vitalité professionnelle et l’humanité du héros central.

Issu d’une généalogie de médecins  juifs Tchéques, Joseph Kaplan chercheur en biologie quitte à vingt six ans Prague pour l’Institut Pasteur de Paris en plein Front populaire. Ce communiste dans l’âme renonce à rejoindre les rangs des brigades internationales engagées dans la guerre d’Espagne perdue d’avance par les républicains faute de soutiens internationaux. Et de festonner  sa vie de travail acharné, de  soirées arrosées entre amis et conquêtes en parfait hidalgo, danseur mondain.

A Alger la blanche, Kaplan étudie les maladies fléaux comme le paludisme ou la peste. Pragmatique et fuyant la persécution du Régime de Vichy, il découvre la médecine de terrain et la grande misère des indigènes isolés du monde dans un coin marécageux du contrefort des Atlas.  A la libération, avec sa compagne Christine comédienne et féministe engagée, il rejoint Prague sa ville natale, la demeure pillée de son père disparu et s’engage comme député communiste au renouveau du pays. Mais les purges incessantes, les condamnations à mort des anciens camarades confirment la réalité du totalitarisme croissant annihilant tout espoir d’un monde égalitaire. Le député ne se représente pas et disparaît à la tête d’un sanatorium de province. Ernesto G, militant révolutionnaire qu’il aurait pu devenir sera son premier patient, à guérir de la maladie et du doute ontologique né du constat du détournement des idéaux par les dirigeants du Kremlin. Ce sauvetage mettra en grand péril l’équilibre familial désormais précaire dans un pays couvert de chaînes.

Jean-Michel Guenassia affiche une galerie de personnages colorés  par les grandes étapes de l’implantation du communisme en Europe et son désenchantement  facteur d’alliances de trahisons et de disparitions. Kaplan reste debout appuyé sur une valeur cardinale, la fidélité, à son enfance bercée par la poésie langoureuse de Carlos Gardel, aux différents visages de la médecine qu’il exerce en ténor, à ses proches. Cette saga fleuve de l’héroïsme au quotidien captive par la vivacité du récit  aussi attrayant pour décrire les recherches médicales à l’Institut, la désertion d’un légionnaire, une demande en mariage,  la rédemption d’un fils prodigue et en résumé, un parcours notable d’une grande dignité clé de sa longévité.

 

La vie rêvée d'Ernesto G.

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