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La fille sauvage

23 janvier 2016 par Jacques Deruelle

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Avant de nuancer d’un regard plus ethnographique (danse avec les loups), le cinéma américain friand d’épopées  et de mythes fondateurs  a  particulièrement stigmatisé la nature sauvage  des tribus indiennes. Tragique réalité ou surenchère de l’Histoire? Dans sa jeunesse, épris  de  culture amérindienne à la suite de la découverte touristique d’une réserve Cheyenne; Jim Fergus devenu écrivain publiera en 1998, mille femmes blanches, premier roman  visualisant un projet d’intégration des américains d’origine par l’union avec des femmes blanches forcées. La fille sauvage, passionnant récit a pour objet premier le rapt d’une adolescente apache par un chasseur de fauves américain. L’ouvrage nous plonge alors dans les méandres périlleux de la Sierra Madré là où  une  rancheria de bronco  apaches survivants et parias se terre.

En 1932, une expédition  américano-mexicaine se constitue à Douglas en Arizona pour retrouver un enfant kidnappé par la bande d’un chef indien cruel et défiguré. Un orphelin de dix sept ans Ned Gilles, photographe débutant du quotidien local la rejoint et se lie d’amitié avec une étudiante en anthropologie pleine d’audace, un étudiant bourgeois excentrique et anticonformiste à la féminité brocardée y compris par les siens, son aimable serviteur ancien majordome en exil ainsi que deux éclaireurs apaches sortis d’une réserve, un chaman et son petit fils . En chemin Ned photographie l’adolescente à demi nue emprisonnée après sa capture, une sauvageonne transformée en bête de foire, la Nina Bronca. Celle dont le scalp est rétribué par le gouvernement Mexicain est sauvée de la mort par une astucieuse proposition de Ned, d’échanger la prisonnière moribonde contre l’enfant disparu. D’abord engagée sous le signe du folklore et du défoulement, la  troupe est bientôt confrontée à la violence vengeresse d’une ethnie menacée d’extinction. Drames et gestes héroïques se succèdent  jusqu’à l’imprévisible dénouement, intelligemment consignés dans les carnets du jeune photographe.

A travers le narrateur à l’esprit aventureux et humaniste, Jim Fergus revisite le tabou d’un des fondements de la civilisation américaine, les conséquences génocidaires de la conquête de l’Ouest. Les assassinats de fermiers isolés, les rapts de femmes ou d’enfants destinés au repeuplement des tribus décimées par l’armée, les pillages commis par les guerriers peaux rouges répondent aux massacres généralisés des  campements par la troupe, aux déportations massives vers les réserves, à l’élimination d’une culture ancestrale à mesure de l’expansion des colons. Le cercle vicieux de la barbarie en raison de la disparité des moyens militaires se conclu par la quasi disparition des tribus amérindiennes, au début du Vingtième siècle. L’auteur redonne sens aux mythes et aux pratiques culturelles d’un peuple morcelé dont les droits bafoués  retrouvent dans l’Amérique d’Obama, une certaine légitimité.

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