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Faillir être flingué

23 novembre 2013 par Jacques Deruelle

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Suivant la trace de Pierre Pelot qui offrit aux jeunes lecteurs des années soixante le portrait d’un héros déceptif, cow-boy métissé, Dylan Stark ( la horde aux abois, la couleur de Dieu…) éloigné de l’imagerie stéréotypée des Westerns, Céline Minard s’attelle dans son dernier roman «faillir être flingué» à l’histoire de la conquête de l’Ouest américain par quelques pionniers déterminés dans leur quête d’un nouveau départ et assumant courageusement, la précarité de leur destin.

Un attelage de bœufs, lent mais puissant emmène deux frères, Brad et Jeffrey et leur mère mourante, hurlant sa douleur au fond du chariot, à travers la vaste plaine, vers la terre promise, avec Josh, le fils du premier, galopant en éclaireur pour fuir la mort inéluctable de la seule femme qu’il a connu et aimé. Ramassée au pied d’un grand pin, une fillette solitaire, Xiao Niù connaît les gestes qui apaisent la souffrance.

Gifford coupable du génocide involontaire d’un campement Sioux, maintenu en vie par l’ombre protectrice d’une vieille indienne, Eau-qui-court-sur-la-plaine, chamane respectée de toutes les tribus, se dépouille en traversant à pied l’immense prairie, de son passé de médecin trompé par la science, collectionnant les plumes d’oiseaux à chaque pas vers sa renaissance.

Toujours droit dans ses bottes, le trappeur Bird Boisverd, qui dans un bosquet s’est fait voler son cheval, son matériel et son sac d’or, capture une monture indienne en déshérence, bien décidé à se venger.

Elie Coulter, escorte de la diligence attaquée par la bande de Quibble promet à Arcadia, élégante dame lésée, de récupérer l’attribut de son instrument de musique, un archet, volé par le meneur et avec panache y parvient, en perdant son cheval dans l’aventure, troqué contre une monture opportunément trouvée dans un bosquet.

Mais un fugitif dur à cuire, Zébulon s’invite à la marmite de son feu de camp et propose au lieu de faire parler la poudre, de jouer aux dés le cheval contre ses deux sacoches bien garnies puis disparaît, en vainqueur, avec la monture.

La nature est un vaste domaine, menaçant et protecteur à la fois à l’image exacte des balbutiements de la civilisation. A la terminaison des errances individuelles, la Ville en gestation, aux fonctions encore précaires sous les tentes et les cabanes, autour du seul point d’ancrage, le bar à filles, va cristalliser les rêves et le potentiel de chacun.

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La désinvolture apparente du titre masque une aptitude réelle à faire entrer dans le champ littéraire les bouleversements survenus dans l’Ouest américain, un espace de confrontation mais aussi d’échange entre les pionniers et les indiens. L’esprit des voyageurs est fait d’endurance et d’un goût inné pour la vie rude en plein air. Les personnages féminins du roman sont dotés du même sang froid, des mêmes capacités d’initiatives à l’origine de la fondation des activités urbaines. Les premiers migrants chinois, minorité d’abord victime de violence, imposent ici leur savoir faire. Autre trait passionnant du récit de Céline Minard, la trame des premières amours empreinte d’un métissage source de richesse partagée. La conquête de l’Ouest ressemble à une page blanche où s’impriment le courage et la créativité des individus, artisans, éleveurs, commerçants ou artistes, constitutifs d’une mythologie des origines puissamment recrée par l’auteure.

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